Ignorons royalement ces ndigël alimentaires et portons l’estocade au vieux candidat !

MODY NIANG

CONTRIBUTION – La campagne pour le second tour du 25 mars 2012 est donc lancée. Ce qui frappe au début de cette campagne, c’est que le vieux candidat a, malgré des apparences encore bavardes et trompeuses, manifestement perdu de sa superbe.

Il est parfaitement conscient que son bilan mitigé et sa prétendue popularité qu’il portait toujours en bandoulière ne font plus recette. Il mise désormais sur le ndigël (consigne de vote), quelque deux ou trois ndigël alimentaires et dérisoires, arrachés à coup de millions de francs Cfa, de 4X4 rutilants et, semble-t-il, de centaines de passeports diplomatiques. Désemparé, il enfourche aussi sans état d’âme le piteux cheval de l’achat des consciences, de celles des plus pauvres d’entre nous et, partant, des plus fragiles et des plus vulnérables. Il en est réduit donc à faire feu de tout bois, y compris du bois sacré de l’Islam et de celui très dangereux de l’ethnie.

Il n’hésite même pas à descendre très bas pour bénéficier d’un ndigël. En particulier, sa visite auprès de Serigne Modou Kara Mbacké a été un désastre, une véritable humiliation. Cette visite a curieusement meublé son temps d’antenne des samedi 10 et dimanche 11 mars 2012. Nous avons alors découvert un vieux candidat qui, comme une poule mouillée, suppliait son hôte d’appeler ses disciples à voter pour lui. Dans un discours clair-obscur et en maints endroits teinté d’ironie, ce dernier entretient son espoir pendant une bonne dizaine de minutes, avant de lui lancer à la figure que, pour lui, le moment n’était pas encore venu de se prononcer. Les enchères n’étaient sûrement pas encore suffisamment élevées .

Il nous appartient de prendre nos responsabilités, pour envoyer définitivement à la retraite ce candidat vieillissant et dangereux, en lui portant fermement l’estocade, le 25 mars 2012. Douze longues années de martyre avec cet individu, c’est assez, c’est trop !

L’homme est facile à combattre. D’abord, hormis les laquais, les valets et autres laudateurs qui peuplent sa senzala politique et leurs familles, je ne peux pas croire qu’il existe un seul compatriote qui, seul dans l’isoloir avec son Créateur, puisse prendre la lourde responsabilité de glisser dans l’urne un bulletin pour réélire un homme de 90 ans. Voter pour cet individu, c’est prolonger sa maudite gouvernance et ses pratiques malsaines. C’est nous faire courir le risque de cohabiter avec des fanatiques qui seront prêts à nous fracasser la tête à la moindre incartade, et impunément.

Passe encore, si son âge très avancé était son principal handicap ! Il en accumule de nombreux autres que j’ai passés en revue dans une contribution antérieure publiée par un seul quotidien, La Tribune, à qui je rends ici hommage. Elle avait pour titre : « Ce maudit vieillard risque de plonger le pays dans le chaos. » Ce titre pouvait faire évidemment peur. Á quelques jours du second tour du 25 mars 2012, je rappelle quelques traits de caractère de ce vieillard qui devra débarrasser coûte que coûte le plancher politique au plus tard le 4 avril 2012. Ce n’est vraiment pas une fierté de l’avoir à la tête de son pays. Il nous a en tout cas déjà suffisamment couverts de honte.

Pour convaincre que l’individu n’a plus sa place à la tête de l’État, je suis parti d’un jugement sévère de notre compatriote Marvel, tiré de sa contribution parue à la page «  Opinions-Débats » du journal «  Le Quotidien » du 12 janvier 2007. Marvel écrivait ce qui suit : « Les Sénégalais savent à qui ils ont à faire : un homme qui est la concentration du vice, du viol, du mensonge, du crime, etc. » Je faisais remarquer que j’étais totalement en phase avec ce jugement que je ne trouvais pas suffisamment sévère d’ailleurs. Le vieux politicien est pire que tout, unique dans son genre et « inclonable  ». Et j’affirme ici avec force, comme je le fais chaque fois que j’en ai l’opportunité, que Dieu a probablement annulé la formule avec laquelle Il l’a créé.

Je vais plus loin d’ailleurs que Marvel. L’individu n’a pas seulement un vice, il en concentre plusieurs. Le plus évident de ces vices, et de qui procèdent tous les autres, c’est manifestement sa passion effrénée pour le pouvoir, l’argent et les honneurs. Son ego surdimensionné en particulier, a fini de le convaincre qu’il est indispensable au pays pour l’éternité. C’est pourquoi il n’envisage pas un seul instant de quitter le pouvoir et s’y accrochera jusqu’à la mort – s’il doit jamais mourir –. Ce pouvoir représente tout pour lui. Il ne croit à rien d‘autre, à aucune autre valeur. C’est ainsi qu’il a violé, trahi et dévoyé l’alternance, l’a vidée sans état d’âme de tout son sens, en faisant exactement tout le contraire des engagements pour lesquels le peuple du 19 mars 2000 l’a porté au pouvoir avec un enthousiasme débordant, parfois même délirant. Il a violé et trahi nos suffrages, en prenant la grave responsabilité de recycler, par la voie de la détestable transhumance, toute la racaille du Parti socialiste.

Le vieil homme est un parjure : il a trahi et violé la Constitution et les lois en vigueur, qu’il avait juré solennellement de défendre, de respecter et de faire respecter. Il a violé en particulier la Constitution en la défigurant au moins par quinze modifications politiciennes et électoralistes. Avec sa passion effrénée pour l’argent, Il foule tout aux pieds : la morale, les procédures budgétaires, etc. L’essentiel, c’est que ses mallettes soient toujours remplies. Pendant douze ans, il a volé sans état d’âme notre argent et s’est emparé de nos terrains qu’il a distribués à des privilégiés déjà fort nantis. Dans mes livres comme dans nombre de mes contributions, j’ai donné des exemples pour illustrer ses nombreux forfaits, en insistant particulièrement sur les fameux 15 millions de dollars de Taïwan, qui lui vaudraient au moins la destitution dans toute démocratie avancée.

Le vieux politicien est surtout profondément partisan et injuste. Á cet égard, je n’ai vraiment pas besoin de donner d’exemples. Ce trait de caractère est sûrement responsable des gros malheurs qui nous sont tombés sur la tête pendant sa détestable gouvernance. Le second khalife après le Prophète Mouhammad (PSL), Oumar Ben Khattab, avait bien raison quand il affirmait ceci : « Sept années de disette sont préférables à une année de magistère d’un dirigeant partisan. » Le vieil homme n’a d’yeux et d’oreilles que pour sa famille, sa mouvance et les quelques compatriotes qui, par leurs fonctions, sont susceptibles de l’aider à garder le pouvoir le plus longtemps possible. Le pauvre petit peuple ne retient pas le moins du monde son attention. Parmi les vices que concentre le vieil homme selon Marvel, figure aussi en bonne place le mensonge. Le concernant, certains de nos compatriotes édulcorent en préférant « contrevérités » ou « vérités contraires ». La langue de bois ne devrait pas être de mode par les temps graves qui courent : nous avons à la tête de notre pays un vieillard qui nous ment tous les jours. N’est-ce pas lui-même qui a déclaré publiquement, en éclatant de rire et en se faisant applaudir à tout rompre par ses minables courtisans : «  maa waxoon waxeet » ? Or, le mensonge est formellement condamnable aussi bien sur le plan moral que religieux, surtout quand il est le fait d’un presque nonagénaire qui, de surcroît, exerce une fonction aussi prestigieuse que celle de président de la République. Ne prête-t-on pas au Prophète Mouhammad (PSL) les propos selon lesquels un musulman ne ment jamais ? N’ayons donc pas peur des mots et appelons un chat un chat ! Le 25 mars 2012, ce sera l’heure du choix, d’un choix crucial qui peut avoir d’importantes conséquences sur notre avenir. Nous devons donc nous regarder bien en face et nous dire la vérité, cette vérité qui n’est pas le point fort de notre vieux président politicien.

Dans le jugement de Marvel, il est aussi question de crime. Jusqu’à preuve du contraire, tout indique que l’homme a une part de responsabilité dans le lâche assassinat du juge Babacar Sèye. En tout cas, il aura bien du mal à expliquer les actes suspects et troublants qu’il a posés dès son accession à la magistrature suprême. Trois actes si bien connus et si parlants que je n’ai pas besoin de m’y appesantir.

Comment un chef religieux digne de ce nom peut-il se permettre de donner un ndigël en faveur de cet homme de 90 ans, qui concentre autant de vices (non exhaustifs d’ailleurs) dans sa personne ? Sûrement pour ses millions, ses véhicules rutilants et ses passeports diplomatiques. Ces prébendes que l’homme distribue ne lui appartiennent pas. Ses milliards en particulier, dont nul ne connaît exactement l’origine, sont sales, empestés, empoisonnés. El Hadj Malick Sy et Cheikh Ahmadou Bamba Khadim Rassoul – pour ne citer que ceux-là –, n’auraient jamais touché à un franc de cet homme. Á Adama Sall, émissaire de Lat Dior Ngoné Latyr Diop auprès lui, Cheikhoul Khadim rappela, par écrit, ces propos du Prophète Mouhammad (PSL) : « Le savant musulman qui brigue les faveurs d’un souverain ressemble à une mouche qui se nourrit d’excréments. » Une manière de refuser catégoriquement la fonction de cadi (juge traditionnel) que le Damel du Cayor lui proposait.

Certains donneurs de ndigël alimentaires tentent de les légitimer, en rapportant les propos prêtés à Cheikh Ahmadou Bamba et selon lesquels « devant son marabout, le disciple doit se comporter comme un cadavre ». Je n’ai sûrement pas la science de ces derniers. Je crois savoir cependant que, si le grand cheikh a recommandé que le disciple obéisse au ndigël de son guide, il a aussi bien précisé qu’à la condition que ce dernier soit un bon guide. Et il a défini ainsi le bon guide : « Un bon guide spirituel ne trahit jamais l’enseignement de l’intercesseur (Muhammad). » Il a ensuite lancé ces deux mises en garde : « Quiconque suit un guide spirituel incapable, sera retenu  » et « Qui t’indique autre chose que Dieu, fuis-le, il t’égare !  ». Ces ndigël dérisoires que nous entendons donc ça et là n’ont rien de spirituel. Ils sont proprement alimentaires et ne visent que les faveurs nauséabondes de notre vieux politicien. Nous avons le devoir citoyen de nous en affranchir et de voter, le 25 mars 2012, conformément à notre conscience et en fonction du seul intérêt du pays.

Il est surtout temps que nous prenions conscience de ce que nous sommes : des êtres humains et pas des báyyima (des animaux). Dans son « Corbeille pour l’an 2000 », Éditions Paix et Développement, janvier 1995, page 69, le Maodo Mamadou Dia rappelle que l’homme est une créature privilégiée de Dieu, une créature faite à Son Image. Il insiste particulièrement sur la prééminence de cet homme qui a vu, sur injonction de Dieu, les anges se prosterner devant lui. Pour illustrer cette prééminence sur toutes les autres créatures, les anges y compris, le vieux Maodo cite un verset du Saint Coran qui proclame : « Dieu a honoré l’homme et l’a placé au-dessus de toutes les créatures. » Il est, poursuit le Maodo, le représentant, le vicaire de Dieu sur terre et est, à Son Image, libre et responsable. Nous ne saurions donc, sous quelque prétexte que ce soit, nous ravaler au rang de cadavre et obéir au doigt et à l’œil, à de prétendus chefs religieux qui « se nourrissent d’excréments ».

Il convient de s’arrêter aussi sur certains arguments de campagne du vieux candidat : il demande trois ans pour terminer « ses » chantiers qui ne seront plus financés s’il n’est pas réélu. Quelle malhonnêteté ! Quel mensonge ! Quelle hypocrisie ! D’abord, les chantiers ne lui appartiennent pas : ce sont ceux de l’État sénégalais. Après sa prise de fonction le 1er avril 2000, il a trouvé des chantiers qu’il a terminés. Il partira en laissant des chantiers que son successeur terminera. Ainsi va la vie dans un pays démocratique. Dans un pays tout court. Aucun chef d’État au monde n’a jamais terminé son programme. Il convient de noter aussi qu’avant lui, les chantiers ont été financés ; après lui, ils le seront. Ils le seront sûrement encore plus après lui car, il n’inspire plus confiance.

Et puis, pourquoi demande-t-il seulement trois ans sur un mandat qui en compte sept, puisqu’il qu’il n’est pas malade et ne sent pas le poids de l’âge ? C’est, du moins, ce qu’il a prétendu devant les khalifes généraux de Touba et de Tivaouane. Que compte-t-il faire des quatre années restantes ? En réalité, « ses » chantiers cachent beaucoup de lièvres et de cafards, et il craint comme la peste qu’ils soient audités.

Il brandit aussi contre son adversaire l’argument éculé et dangereux de l’« ethnicisme », lui qui doit incarner l’unité nationale. Cet argument ne tient évidemment pas la route et je ne comprends pas que d’autres, y compris un politologue, une universitaire et un homme de communication embouchent la même trompette. Dans mon village natal de Koki, au cœur du pays wolof, Macky Sall l’a emporté sur tous les autres. Il en a été ainsi dans de nombreuses localités du pays. D’ailleurs, à cet égard, le Pr Amadou Ly a publié une excellente contribution qui remet tout à l’endroit.

Le très éloquent politologue veut nous faire avaler aussi que Macky Sall est un candidat de la France et que si Wade est battu, il « ne bougera pas ». Personne ne doute de la compétence de ce dernier. Cependant, il est loin d’être convaincant cette fois-ci. Le 26 février 2012, il n’y avait que Sénégalais dans les bureaux de vote. Il en sera ainsi le 25 mars prochain. C’est de leur vote, et de leur vote seul que sortira la victoire ou la défaite du candidat Sall. Je ne crois pas non plus, un seul instant, que Wade « ne bougera pas » s’il est battu. En tout cas, s’il est battu avec un écart net et sans bavure – et il devrait l’être malgré ses énormes capacités de nuisances –, il débarrassera le plancher. Plus que bouger, il sautera. Sans doute que si l’écart est très serré, il peut bien être tenté de brouiller les cartes.

Nous avons donc intérêt à surveiller étroitement le processus qui conduit au dimanche 25 mars 2012, à aller voter en masse ce jour-là et à sécuriser notre vote jusqu’au bout. Par rapport à la candidature de Macky Sall, j’ai eu des réserves que je n’ai jamais cachées. Cependant, les résultats du premier tour ne me laissent aucun autre choix que de voter et d’appeler à voter pour lui. Je préfère de loin le risque d’une gouvernance de cinq ans avec M. Sall, au prolongement de celle de Wade même pendant six mois.

Je crois que le Sénégal a changé de contexte. Même si nous avons encore des efforts à faire en matière de mobilisation et de détermination, nous n’accepterons plus d’être gouvernés comme nous l’avons été pendant douze longues années par le vieux président politicien. Accordons donc au candidat Sall un préjugé plus ou moins favorable et, le moment venu, jugeons-le sur ses premiers actes de gouvernance ! S’ils sont en adéquation avec ses engagements antérieurs, nous l’appuierons. Nous le combattrons, par contre, s’il pose un seul pas sur le chemin tortueux laissé par son prédécesseur.

Mody Niang, e-mail : modyniang@arc.sn

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